Le pari sportif et le poker en ligne pas assez rentables ?

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Quelques mois après la vague d’accréditation par l’autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL), le bilan de certains opérateurs ne répond pas à leurs objectifs financiers.

Eurosport Poker face à ses efforts promotionnels

Malgré les offres alléchantes comme le code promotionnel Eurosport Poker offrant un bonus jusqu’à 80€ aux nouveaux inscrits pour attirer de nouveaux joueurs, certains opérateurs trouvent que le retour sur investissement se fait attendre.

Le jackpot ou rien

C’est ce qui semble transparaître dans les propos de Nonce Paolini qui ne trouve pas que son site de pari en ligne ait des résultats "ridicules" en termes de clientèle, mais "sur le plan économique, ce n'est pas satisfaisant". Ainsi donc, Eurosportbet serait à vendre d’après le patron de TF1 : "si on a une offre de rachat, on va regarder, il faut être pragmatique."  

Pourtant, la publicité télé sur les chaînes du groupe TF1 n’a jamais relâché la pression ; mais Internet est un monde à lui seul où l’on ne vend pas du « temps de cerveaux disponibles » comme l’avait annoncé un précédent PDG de TF1.

Internet reste l’espace de marketing concurrentiel

Pendant ce temps là, la Française des Jeux, l’opérateur historique qui a misé principalement sur la cyber-communication a récemment publié une belle progression de ses résultats de 2010: 180.000 inscrits sur son site ParionsWeb, une progression des mises de 112% représentant 91 millions d'euros, et une part de marché représentant 15% du pari sportif en ligne avec pour objectif en 2012 de regrouper 25% du marché. Une belle bataille de  communication est à venir au fur et à mesure que le marché se resserre, nul doute que le réseau va bourdonner à nouveau avec des campagnes plus ciblées.

Commentaires sur: Le pari sportif et le poker en ligne pas assez rentables ?

Gambling France : Française des jeux


CONSUMERISME LUDIQUE :

Gagnant du Loto à 8 millions introuvable, gagnant d’Euro millions à 162 millions inconnu…au delà de l’anecdote du ticket perdu, du joueur étourdi, cette actualité pose certaines questions ( délais de forclusion, anonymat…) qui concerne un consumérisme ludique susceptible de mieux défendre l’intérêt des joueurs
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Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

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« L’affaire » des deux gagnants de la FDJ qui ne sont toujours pas venus chercher leur pactole crée le buzz. Les médias - en dur et en ligne - multiplient les titres attractifs, parfois alarmistes (1), mettent en scène un « suspens » (2) , enquêtent sur le lieu de validation, imaginent des « scénarios » (3). Les agences de presse ne sont pas en reste. (4) Elles sont obligées de rendre compte des « communiqués de presse » de la FDJ et ils sont nombreux… L’opérateur historique bénéficie là d’une publicité gratuite qui se transforme indirectement en incitation au jeu, que certains observateurs pourraient critiquer ou juger indécente, dans le cadre de la politique de jeu responsable et raisonnable voulue par les pouvoirs publics. Souhaitons que la société, dirigée par Christophe Blanchard Dignac, n’instrumentalise pas trop les médias dans cette affaire, par exemple en jouant la montre, en maintenant artificiellement le suspens, en ne donnant pas toute l’information qu’elle détient, notamment pour le gros gagnant d’Euro millions à 162 « briques ». L’opérateur public qui a le monopole des loteries et des jeux de grattage n’a pas dit qu’il ne connaissait pas le joueur du Calvados, il a précisé à l’AFP « qu’il n’avait aucune information à communiquer à ce stade « (5)

L’affaire fourmille déjà d’anecdotes qui vont renforcer les croyances des joueurs, tant il est vrai que Dieu n’est jamais très loin (6) quand il s’agit de jeu, quand il s’agit de donner ou de reprendre un argent qui tombe du Ciel. « L’inconnu du Calvados » - le gagnant d’Euro millions - a gagné le 13 septembre, celui du loto un 13 aout. Il a misé 2 euros dans une ville de Haute Loire : la Chaise Dieu.

Le gros gagnant d’Euro millions, classé directement à la 250 ° place des plus grosses fortunes française par le magazine Challenges, est sans doute connu de la FDJ mais organise son anonymat pour gérer sa nouvelle vie. Nouvelle naissance sociale pas toujours facile à assumer - voir certains de nos travaux confirmés par ceux de MM Piçon Charlot ( 7 ) - même si il ne faut pas sur-interpêter l’idéologie moralico-religieuse - symbolisé par la maxime populaire : l’argent ne fait pas le bonheur, tout à la fois morale d’objectivation des pauvres et morale de repentance des riches - car par ailleurs le bon sens sait aussi « qu’il y contribue fortement ».

Pour l’autre inconnu , celui à 8 millions , les raisons sont sans doute plus terre à terre . Il s’agit :
➢ Soit d’un bulletin, perdu, égaré, d’un joueur étourdi, étranger, en vacances… ensemble qui indique de manière ambivalente que tous les joueurs ne tombent dans la fétichisation de leurs tickets de jeu ou a contrario qu’ils les cachent tellement bien qu’ils finissent par les perdre. L’affaire n’est pas si rare, depuis 1991 pas moins de 20 lots supérieurs à 1 million n’ont pas été réclamés. Quant à la totalité des tickets gagnants – petits ou grands – perdus dans la nature ou qui sont jamais arrivés à l’encaissement, la FDJ en connaît le nombre et le montant et les chiffres doivent être impressionnants ( d’ou l’idée de mettre fin à l’anonymat dans le cadre d’un consumérisme bien pensé, voir ci après)
➢ Soit d’un joueur qui connaît très bien le règlement. Le gagnant a 60 jours pour se faire connaître et peut très bien venir le dernier jour pour empocher le magot. Brigitte Roth, responsable du service « grands gagnants » à la FDJ, signale qu’un joueur procédait ainsi pour croire jusqu’au bout qu’il avait peut être gagné.

Au delà de l’aspect anecdotique, cette affaire pose certaines questions à l’opérateur historique - par exemple celui de savoir pourquoi il a tant attendu avant de lancer au dernier moment un avis de recherche sous forme de communiqué et d’affiche : « Urgent : cherche gagnant auvergnat du Loto à 8 millions d'euros, merci se faire connaître impérativement avant mercredi minuit. » ( dépêche AFP du 11 octobre 2011) .

Mais deux autres questions plus fondamentales peuvent être soulevées, elles concernent un consumérisme ludique – inexistant en France pour l’instant et donc qui reste à construire – susceptible de mieux informer et de mieux défendre les intérêts des joueurs, en l’occurrence ici des joueurs gagnants. Il ne s’agit pas de critiquer l’opérateur historique mais de voir si les choses pourraient être organisées autrement dans le cadre d’une politique des jeux consumériste, raisonnable et responsable.

1. Le délais de forclusion des bulletins gagnants. A la FDJ il est de 60 jours. Pourquoi deux mois et pas 6 ou 12 , a contrario pourquoi pas 15 jours, une semaine ? Mystère et boule de gomme. Cette réglementation n’est pas inscrite dans le marbre, elle peut évoluer. Favorable à l’opérateur dans sa gestion, elle n’apparait guère intéressante pour les gagnants étourdis ou ceux qui ne connaissent pas le règlement. Alors que l’ensemble des tickets et lots sont dument répertoriés et informatisés, on ne voit pas pourquoi une telle date de péremption. Un bulletin gagnant c’est du quasi argent. Comme l’argent il devrait donc pouvoir avoir une vie plus longue… voire illimitée.

2. L’anonymat. Certes - et c’est vrai - la FDJ assure l’anonymat des gagnants, s’ils le souhaitent vraiment. Ceci dit l’opérateur distille souvent pas mal d’information sur l’endroit, la date, le montant joué etc…. Mais si l’anonymat a des vertus pour le joueur quand il gagne un pactole, encore faut il qu’il sache s’il a gagné et qu’il n’ait pas perdu son ticket. Le revers de médaille de l’anonymat c’est que si le joueur est étourdi, il peut s’ouvrir les veines. La également on peut imaginer une évolution de la réglementation qui rendrait possible une sortie « volontaire » de l’anonymat quand le joueur le décide de « manière pérenne ». Joueurs étourdis, occasionnels qui ne suivent pas les tirages, vacanciers, étrangers, mais aussi personnes âgées pourraient être intéressés par cette traçabilité qui leur permettrait - quoiqu’il arrive - de toucher leur gain petit ou grand. Cette perspective de transparence peut intéresser un grand nombre de joueurs et doit donc être évaluée. Alors certes, Fortuna caeca est – comme le dit la formule latine la fortune est aveugle – mais il sera bon sans doute qu’elle perde sa cécité quand il s’agit d’aider un gagnant à percevoir son gain.

Assurément la loi sur les jeux en ligne de mai 2010 a mis en place un certain nombre d’organismes ( Comite Consultatif , Observatoire des jeux, commissions, Arjel…) susceptibles de travailler ces questions – et de nombreux autres dossiers - pour ensuite proposer une évolution de la réglementation et des règles du jeu, favorable à un consumérisme ludique qui défende les intérêts des joueurs, leur facilite la vie. Le marché des jeux va certainement à l’avenir continuer à s’ouvrir à la concurrence. L’auto régulation fixé par un seul opérateur national n’est plus de mise. En harmonie avec la volonté de l’Union Européenne, une saine politique des jeux nationale doit définir de nouvelles règles communes à tous les opérateurs – historiques et nouveaux entrants – qui défendent l’intérêt général, l’intérêt des joueurs et pas seulement celui des opérateurs. Les jeux en dur sont autant concernés que les jeux virtuels. A force de mettre en avant la protection des joueurs ( politique de jeu responsable) qui aboutit parfois à une stigmatisation (joueur drogué ou malade) et à une instrumentalisation du jeu pathologie maladie par la doxa , on a fini par oublier que si les joueurs ont des devoirs – payer, ne pas tricher, jouer avec responsabilité - ils ont aussi des droits et notamment celui d’encaisser.

Flash dernière : Le 13 octobre - lendemain de la publication de cette article - le gagnant d’Euro millions était connu, déclenchant dépêche d’agence et nouveau buzz médiatique : pas moins de 230 entrées google/médias pour saluer « l’évènement ». (9) Comme nous l’anticipions l’heureux élu de la chance a semble t il appliqué la sage maxime populaire : pour vivre heureux vivons caché, qui explique pourquoi il a tardé à se faire connaître. Maligne, la FDJ a arrangé l’affaire en communiquant l’information un 13. Certains observateurs considèreront que c’est de bonne guerre…marketing, d’autres qu’elle exploite et renforce croyances et superstitions de nos concitoyens. Quant au gagnant inconnu du Loto à 8 millions il a désormais perdu car il ne s’est pas fait connaître avant les 60 jours. Certes la FDJ , c’est tout à son honneur, ne va pas se mettre l’argent dans la poche , le pactole sera remis en jeu en 2012 dans « la cagnotte de l’inconnu » mais la question de la mise en place d’un consumérisme ludique pour mieux défendre les intérêts des joueurs reste toujours d’actualité. A suivre.


© JP Martignoni , Lyon, France, octobre 2011, 186bis.

Notes
(1) Loto : Où sont les gagnants ?France Soir - Loto : 8 millions d'euros cherchent propriétaire Metro France - Loto : Pour qui les 8 millions d'euros ?France 2 - La Française des Jeux lance un appel au gagnant auvergnat du Loto ...Libération - ‎11 oct. 2011‎Loto: Le gagnant d'une cagnotte de huit millions d'euros a jusqu'à ...20minutes.fr Avis de recherche : la Française des Jeux recherche un inconnu qui ...AggloTV - Huit millions d'euros gagnés en Haute-Loire il y a deux mois et ...La Montagne Loto : où est le gagnant des 8 millions ?Zoomdici. Loto : mais que fait l'heureux gagnant des 8 millions d'euros ?Entreprise-Saint-Etienne.com - Dans 48 heures, le gagnant du Loto en Haute-Loire aura perdu 8 ...Le Progrès 8 millions d'euros recherchent gagnant désespérément Linkktv Toujours à la recherche du gagnant...Haute-Loire Infos -Le mystère règne toujours sur les 162 millions du CalvadosLe Progrès etc…
(2) « Le suspens est à son comble , le gagnant qui a trouvé la bonne combinaison du loto le 13 aout 2011 n’a toujours pas donné signe de vie « précise TF1 news sur son site Lci/TF1 du 12 octobre : « Qui a mise 2 euros et gagné 8 millions d’euros au loto ? »
(3) « Un ticket , trois scénarios possibles « , Le Parisien.fr du 8 octobre
(4) « Euromillions : le gagnant aux 162 millions d’euros toujours pas connu »message AFP du 6 octobre 2011
(5) message AFP ibidem
(6) « Jouer c’est interroger Dieu « , dans le cadre d’un dossier sur les jeux d’argent : « L’Etat perd le monopole des jeux : qui va gagner des milliards ? »(Lyon Capitale , n° 676, mars 2009, 18-39)
(7) Martignoni, J.-P. (1993). “ Faites vos jeux : essai sociologique sur le joueur et l’attitude ludique “( Paris, L'Harmattan, novembre 1993, collection Logiques Sociales, 283 p.) Martignoni, J.-P. “Madame Loto : analyse de la correspondance des joueurs de loto “ (L’Homme et la Société : Revue Internationale de Recherches et de Synthèses en Sciences Sociales, n°109, Juillet Septembre 1993/3, 93-104.) Martignoni, J.-P. " L'aventure ludique" (Society and Leisure / Loisir & Société , vol 17, numéro 1, 1994, 125-141 ) (Presse de l'Université du Québec, numéro portant sur : Le Jeu : Miroir de la société = Play : a reflection of Society)" Martignoni, J.-P. Le jeu un moyen de faire de l'argent et une manière de faire avec l'existence " (Les Cahiers Espaces n°38, Casinos & Tourisme, octobre 1994,136-144 )M. Pinçon & M. Pinçon Charlot, les millionnaires de la chance ( Payot & Rivages, 2010)
(8) Euromillions : Le gagnant des 162 millions d'euros est enfin connu, France Soir - Et vous, que feriez-vous avec 162 millions d euros ?, RMC.fr - , EuroMillions : le gagnant a reçu 162 millions €BFMTV - , Euromillions : il a réclamé ses 162 millions au dernier moment, LeVif.be , Le gagnant a empoché ses 162 millions d'euros, France 2 - ‎ , Un pactole gros comme le Ritz: le gagnant de l'Euro Millions prêt ..., AFP , L'un perd 8 millions au Loto, l'autre empoche 162 à l'Euro Millions, Metro France - , Euro Millions: le gagnant des 162 millions a touché son chèque, Libération , Euro Millions: le gagnant aux 162 millions d'euros s'est fait ...Ouest-France
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Rédigé par : martignoni | 13 oct 2011 17:44:39

Gambling France


JEUX DE HASARD ET D’ARGENT : comprendre, prévenir, soigner


Alors que l’Observatoire des drogues vient de publier une étude sur l’addiction au jeu qui pose problème sur de nombreux aspects ( scientifique, épistémologique, méthodologique…) et avant la clause de revoyure et les propositions du sénateur Trucy qui seront connues très prochainement et qui ne manqueront d’aborder la question du jeu responsable et ces différents objets ( taux de redistribution, information,prévention, fiscalité des jeux, recherche sur le jeu, conflit d’interets….) nous voudrions signaler un intéressant ouvrage sur ces problématiques.
« Jeux de hasard, jeux d’argent : comprendre, prévenir, soigner » (Paris, L’Harmattan, Questions Contemporaines, septembre 2011, 133 pages, 13,5 euros)
Très pertinent ce petit livre( issu d’un colloque organisé par l’association Le Pelican de Chambéry) n’hésite pas à réinterroger la notion de jeu excessif, à questionner la doxa du jeu pathologie maladie, à interpeller la Française des jeux et les opérateurs, tout en apportant des témoignages et des expériences utiles au débat.

Jean-Pierre G. Martignon-Hutin ,sociologue, 180, septembre 2011

Pour se procurer ce livre =
Michel BOULANGER
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

Rédigé par : martignoni | 26 sep 2011 15:46:40

Gambling France

Gain record de 160 millions pour Euromillions : Décryptage


UN TRES GROS GAGNANT …DES MILLIONS DE PERDANTS


Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)


Nous aurions pu intituler cet article Un riche ….des millions de pauvres, tant il est vrai que le pactole décroché le 13 septembre par un joueur du Calvados (1) peut être considéré comme scandaleux, voir indécent. Peur d’apparaître une nouvelle fois comme un sociologue provocateur du coté du Palais de Luxembourg (siège du Sénat) ou du coté de la rue Leblanc (siège de l’Arjel), volonté consensuelle de retourner sa veste… jamais du bon coté. D’autres raisons plus prosaïques et plus rationnelles expliquent la sobriété tautologique du titre de cette contribution.

➢ D’une part nous avons toujours refusé les analyses néomaxistes simplistes du gambling et du fait social qu’il représente - le jeu comme opium du peuple - résumé dans la formule latine Panem et circenses ( du pain et des jeux) (2). Ces analyses idéologiques, reprises par certains économistes à travers la théorie de la pauvreté ( plus on est pauvre plus on joue) sont pour partie réductrices. Si une corrélation existe entre le niveau de richesse et le fait de jouer aux jeux de hasard, elle reste à étudier de manière fine et ne constitue en aucune manière un rapport de causalité. Si le joueur joue toujours pour l’argent, il ne joue pas que pour l’argent. Si l’argent, la volonté de sortir de sa condition sociale, d’améliorer l’ordinaire sont les motivations premières des gamblers, une kyrielle d’autres raisons existent. Par ailleurs de multiples indicateurs et variables sociologiques rendent compte des raisons, des conditions et conditionnements, des représentations et croyances, qui expliquent pourquoi ça joue, pourquoi certains jouent et d’autres pas. Si l’analyse néo-marxiste stricto sensu est fallacieuse nous verrons néanmoins en fin d’article que les jeux ( et notamment ici les jeux d’argent et la politique des jeux) donnent certainement à voir sur notre société , ses inégalités, son fonctionnement. Une sociologie critique du gambling est nécessaire sans forcément qu’elle soit progressiste ou a visée idéologique.

➢ D’autre part nous pensons que le titre de cette contribution, malgré son aspect tautologique, donne à voir la politique des jeux menée par la Française des jeux notamment à travers Euromillions dont la France détient le record de gagnants de premier rang (65) suivi de l’Espagne (55) et pointe à la première place des ventes (21,9%)
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Rappelons tout d’abord que la FDJ met en avant depuis quelques années ( avec une accélération depuis la loi sur les jeux en ligne) une politique de jeu responsable - hypocrite et paradoxale - que nous avons plusieurs fois dénoncée. Elle finance et instrumentalise la doxa du jeu pathologie maladie, notamment du coté du centre du jeu excessif (CRJE) de Nantes. Le Conflit d’intérêts est patent, scandaleux. La société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a même eu l’audace de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu » Au même moment Jean Luc Vénisse financé à hauteur de 2 millions d’euros par la FDJ (le site du CRJE est très discret sur ce financement) associé aux addictologues M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, 100 questions pour mieux gérer la maladie» Et Michel Reynaud d’affirmer dans France-Soir du 6 juin 2011, que « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif. ». En cherchant bien on apprend que ce livre est publié et distribué via un mécénat …de la Française des jeux. La plupart des médias n’ont pas repris ce détail. Dans le même temps la Française des jeux mène un activisme commercial forcené, une incitation au jeu accrue, jamais vu chez l’opérateur historique dirigé par Christophe Blanchard Dignac

Mais c’est pas suffisant comme la FDJ se croit tout permis, elle se permet tout. Il y a par exemple l’affaire Riblet/jeux de grattage ou l’opérateur invente un concept totalement fallacieux en probabilité d’aléatoire prépondérant, pour masquer le fait qu’elle manipule le hasard en toute impunité pour des raisons commerciales. Plus récemment - et ce sera le centre de notre réflexion dans cet article et ce qui explique le titre de cette contribution, il y a eu un changement de règlement d’Euromillions après celui du loto (3) . La probabilité de trouver les 7 bons numéros est passée d’une chance sur 75 millions, à une chance sur 116 millions ! L’opérateur historique n’a pas eu le culot de dire que c’était pour lutter contre le jeu excessif qu’il changeait les règles. Il a insisté sur le pactole qui augmentait. Et en effet comme on peut le constater il augmente.

La duplicité est totale, la FDJ gagne à tout les coups et de quelle manière. Comme les chances de gagner diminuent fortement, le gros gain tombe moins souvent comme chacun a pu le constater ces derniers mois et augmente sans cesse. La super cagnotte d’euromillions n’était pas tombée depuis le 29 juillet. Cela permet à l’opérateur public de communiquer en permanence sur ce pactole digne de Crésus. Les multiples communiqués de la FDJ sur Euromillions sont repris systématiquement par les agences de presse, médias, télévisions. Agences de presse notamment , presse régionale (qui reprend systématiquement pro domo les dépêches d’agence) participent donc fortement au prosélytisme ludique de la FDJ et en constitue même le fer de lance. Que seraient les multiples communiqués de la FDJ sans les agences de presse ? Ces messages sur les produits et résultats de la FDJ apparaissent comme des messages naturels , informatifs et neutres alors que les publicités (souvent nunuches et bébêtes de la FDJ : devenez plus riche que riche) peuvent lasser l’opinion.

Les pléthoriques communiqués de presse de la FDJ constituent des vecteurs stratégiques de l’expansionnisme commerciale de la FDJ car ils sont repris systématiquement et avec complaisance par les agences de presse et la presse régionale et nationale. L’ensemble du système (parfaitement rodé ) crée gratuitement pour la FDJ un buzz permanent qui lui permet par saturation de contrôler peu ou prou le champ médiatique en permanence sur la question du jeu.

Les voix qui critiquent ou même simplement interrogent et souhaitent débattre de la politique des jeux de la FDJ sont inexistantes et quand – rarement - elles apparaissent ( par exemple sur internet) elles disparaissent dans le flot informatif et propagandiste de la FDJ ou dans l’obsolescence du net. Autre conséquence , comme les élus ( les gros gagnants) sont plus rares et toujours plus riches, la presse les cherchent et les traquent. La FDJ, machiavélique la aussi, diffuse les informations qu’elle possède ( région, localité et bureau de validation..) ce qui entraine une nouvelle médiatisation gratuite. Si le gagnant se fait ensuite connaître la FDJ bénéficiera la aussi d’une très bonne publicité qui constitue une incitation au jeu exceptionnelle.


Alors ne soyons pas étonné qu’avec une telle politique qui aboutit à des pactoles qui peuvent apparaître indécents en période crise que des voix s’élèvent, au sein meme de la majorité. Eric Straumann ( député UMP du haut Rhin) a écrit à Christophe Blanchard Dignac (4) pour que les gains d’Euro millions soient plafonnés et mieux répartis.

Certes certains pourraient rétorquer à ce député du Haut Rhin : de quoi je m’e mêle. Il y a un Comité Consultatif du jeu et même un Observatoire des jeux a même de travailler sur ces questions et de faire des propositions. En attendant que ces deux organismes - tardivement mis en place - fonctionnent ce député s’exprime et la FDJ fait ce qu’elle veut. Certes , certains pourraient reprocher à Eric Straumann sa grande naïveté : écrire au PDG de la FDJ alors que la politique stratégique de Christophe Blanchard Dignac est parfaitement voulue, concertée, orchestrée par lui même. Mais nous n’aurons pas cette outrecuidance car « la proposition choc » du député n’a rien de moralisatrice. Elle donne à voir sur la politique des jeux voulu par CB Dignac dont on a de plus en plus de mal à penser qu’elle puisse se décider sans l’aval de Bercy. Ceci dit c’est le grand mystère. La politique des jeux de la FDJ se décide t elle à Boulogne ou à Bercy ? La politique des jeux de la FDJ est elle en harmonie avec la politique des jeux voulue par le gouvernement ? On peut s’interroger.

Que donne à voir cette politique. Une hiérarchie fortement inégalitaire. Un très gros gagnant d’un coté – l’élu de la chance - des millions de perdants de l’autre. Et plus le gagnant est gros, plus les perdants sont nombreux, plus les gains intermédiaires sont réduits ( d’ou la proposition du député visant à une meilleure répartition des gains). Certes, c’est le principe des jeux de hasard. Les perdants cotisent pour les gagnants et c’est comme ça que ça marche. Les joueurs acceptent le principe générique de cet impôt volontaire. Mais de là à pervertir ce principe (préjudiciable à la quasi totalité des joueurs sauf un ou deux gros gagnants) pour exploiter encore davantage la Poule aux œufs d’or il y a un grand pas que la FDJ et son PDG n’aurait pas du franchir, surtout quand on est un monopole public qui soit disant défend l’intérêt général et promeut une politique de jeu responsable voulue par Nicolas Sarkozy et mise en musique par François Baroin.

Sans tomber dans le syndrome anti sarkoziste des « amis du Fouquet’s, nous pensons également, qu’on le veuille ou non , que ça plaise ou non, que – sociologiquement, politiquement - cette politique des jeux voulue par la FDJ, son contexte, donne à voir sur notre société. Au travaillez plus pour gagnez plus sarkozien on pourrait aisément substituer un jouer plus pour gagner plus qui peut apparaître contradictoire ( politiquement, économiquement, culturellement, moralement…) à une opinion qui subit chômage, précarité, petits boulots, paupérisation accrue. Egalement au niveau de l’argent, des revenus , des inégalités financières et patrimoniales qui gangrènent notre pays et sont loin d’assurer une croissance qui serait si nécessaire en période de crise. Le parallèle facile, apparaît néanmoins légitime. D’un coté un gros gagnant à euromillions…des millions de perdants, d’un autre coté quelques centaines de grosses fortunes auxquelles il faut ajouter quelques milliers de hauts fonctionnaires, stars et fous du roi ( sportifs, acteurs, comédiens, journalistes, écrivains, présentateurs TV….) qui se partagent argent, notoriété et privilège - à droite comme à gauche - et de l’autre des millions de Français qui vivent mal et s’apprêtent à payer une trilogie fiscale ( impôt sur le revenu, foncier, taxe d’habitation) qui - comme les gros gains d’Euromillions - ne cesse d’augmenter. La revue Challenges ne s’y est pas trompée. Elle a immédiatement calculé que le « Normand » qui vient de gagner à Euromillions devenait la 247° fortune française. (5), loin derrière Bernard Arnault (LVMH), Gérard Mulliez (Auchan), Liliane Bettencourt (L’Oréal)….

Plus que jamais, comme le pensait Roger Caillois, le jeu donne à voir sur notre société beaucoup plus que le jeu lui même. Il est donc grand temps que les Français soient remis au centre de la Politique Des Jeux et au centre de la Politique tout court. – ils constituent le premier parti de France - afin que l’ensemble de ces politiques profite au plus grand nombre et non simplement à quelques privilégiés et gros gagnants.

© Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 177. Septembre 2011


(1) « Gain record à l’Euromillions : 162 millions pour un joueur du Calvados « ( Le Parisien.fr du 14-9-2011)
(2) Cette expression est empruntée au poète Juvénal qui regrettait que le peuple romain se soit à ce point affaibli qu’il ne désirait plus que du pain et des jeux. L’expression décrit également une méthode politique, basée sur la démagogie et qui fait du peuple un rassemblement de sujets ignorants ou incapables de penser par eux-mêmes qu’il suffirait de nourrir et de divertir ( source Renzo Tozi , Dictionnaire des sentences latines et grecques, Ed. Jérome Million 2010, 192-193)
(3) En 2008 le Loto passe de 1,2 euros à 2 euros. Une augmentation de 67 % ! L’espérance-statistique de gagner évolue d’une chance sur I4 millions à une chance sur I9 millions.
(4) « La proposition choc d’un député UMP » ( Le Parisien.fr du 9-9-2011)
(5) « Un Normand gagne à l’Euromillions et devient la 247° fortune française « ( Challenges.fr du 14-9-2011)

Rédigé par : martignoni | 15 sep 2011 11:56:00


Chance de gagner à Euromillions, affaire Riblet, aléatoire prépondérant, financement et instrumentalisation du jeu pathologie maladie : la Française des jeux se croit tout permis et se permet tout


LE DOUBLE JEU DE LA FRANCAISE DES JEUX : UN JEU DANGEREUX


Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)


La Française des jeux finance ses ennemis, les anti-jeu de la doxa du jeu pathologie maladie - notamment le centre du jeu excessif de Nantes dirigé par JL Vénisse - pour mieux les contrôler mais dans le même temps se lance dans une course effrénée à la croissance, jamais vue depuis sa création. La politique éthique mise en œuvre par Christophe Blanchard Dignac (PDG de la Française des jeux) a pour conséquence en réalité - sous couvert d’une lutte contre le jeu excessif et le jeu de mineur - de produire plus de jeu. Habile stratège - mais certains pourraient considérer cela comme de la duplicité - le patron de la FDJ a profité du débat sur le jeu pathologique, de l’inquiétude des pouvoirs publics en matière de santé publique, de la loi sur les jeux en ligne, non pour mettre la pédale douce en matière de développement mais au contraire, pour accélérer sa croissance tout azimut par une incitation au jeu accrue. La politique de jeu responsable mis en œuvre par la Française des jeux va produire en final du jeu excessif… Les meilleures preuves de cette démonstration se situent dans les résultats de l’opérateur de loteries. En pleine crise économique il surperforme (+5,5 % en 2010) en dépassant pour la première fois la barre symbolique des 10 milliards. Dans le même temps la société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a l’audace - ils se croient tout permis et ils se permettent tout - de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu » ! Au même moment Jean Luc Vénisse (financé à hauteur de 2 millions d’euros par la FDJ) associé aux addictologues M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, IOO questions pour mieux gérer la maladie» Et Michel Reynaud d’affirmer dans France Soir du 6 juin 2011 que « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif. La boucle est bouclée. La collusion d’intérets marche à fond pour les deux parties en présence. Dernières précisions qui montre le vrai visage de la Française des jeux : l’inflation et les chances de gagner. L’opérateur historique profite du lancement de nouvelles formules, de nouveaux jeux, pour augmenter fortement ses prix et diminuer tout aussi fortement l’espèrance statistique qui permet de décrocher la cagnotte. Ils se croient tout permis et ils se permettent tout. Ainsi en 2008 le Loto passe de 1,2 euros à 2 euros ( soit une augmentation de 67 % !!) et l’espèrance statistique évolue d’une chance sur I4 millions à une chance sur I9 millions. Pour le nouvel Euro Millions sorti en mai 2011 la FDJ a fait encore plus fort. La probabilité de trouver les 7 bons numéros passe d’une chance sur 75 millions à une chance sur 116 millions ! La politique mise en œuvre par la Française des jeux n’a donc rien à voir avec une politique des jeux raisonnable, modérée et qui respecte sa clientèle. Elle apparaît au contraire comme une politique anti consumériste de rentabilité accrue, qui abuse de sa position dominante et son monopole. Elle agit de plus en plus comme un Etat ludique dans l’Etat Croupier peu soucieuse en réalité de l’intérêt général et des Français qui jouent. Le PDG de la Française des jeux fait jouer à une société qui ne lui appartient pas, un double jeu très dangereux qui risque à terme d’énerver Nicolas Sarkozy, à l’origine de la politique jeu responsable quand il était Ministre de l’Intérieur. Cette duplicité risque également d’irriter fortement Bruxelles et la Cour de justice Européenne.

Quant à la récente affaire d’Euro Millions qui voit une joueuse (Laure Meilheureux) déposer plainte contre la FDJ auprès de la Commission Européenne, elle dévoile aussi beaucoup du vrai visage de la Française des jeux. Si le journal le Parisien se fourvoie quand il précise que « les chances de gagner ne sont pas les mêmes selon les pays », on peut en effet s’interroger pour savoir pourquoi c’est en France que le nombre de combinaisons possible en jeux multiples pour Euromillions est le plus bas ( 378 pour 756 euros, alors qu’un joueur espagnol peut jouer 2520 combinaisons en une seule fois pour une mise de 5040 euros). Souhaite t elle vraiment protéger les joueurs comme elle l’affirme : « nous souhaitons compliquer la vie du joueur excessif pour ne pas encourager les abus qui peuvent conduire à des addictions » ou instrumentalise t elle la question du jeu pathologie maladie en essayant d’éliminer les gros joueurs ou les regroupements de joueurs qui voudraient investir ou jouer gros jeu dans Euromillions ? On peut sérieusement s’interroger. Cette histoire rappelle l’affaire des jeux de grattage (découverte aussi par un joueur qui jouait gros jeu Robert Riblet) ou l’on voyait la FDJ inventer un concept inconnu en probabilité ( aléatoire prépondérant) pour contrôler la distribution des gros gains sur tout le territoire. Elle cherche désormais aussi à contrôler la manière de jouer des joueurs. L’ensemble indique que l’opérateur historique plus que jamais se croit tout permis et se permet tout.

© JP G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 173. Juillet 2011


Rédigé par : martignoni | 18 juil 2011 18:02:55


Observatoire des jeux, recherches sur le jeu, où en sommes-nous ?
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Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)

Alors que les députés Jean François Lamour (UMP) et Aurélie Filippetti (PS) ont remis leur rapport et leurs 21 propositions en mai 2011, que le Sénateur Trucy remettra le sien en septembre après celui du ministre du Budget prévu pour juillet, ou en sommes nous actuellement en matière de gambling ? La loi sur les jeux en ligne prévoyait la mise en place d’une Autorité de régulation(Arjel), d’un Comité Consultatif du Jeu (CCJ), d’un Observatoire Des Jeux (ODJ). Si l’Arjel montait en puissance rapidement sous la houlette de Jean-François Vilotte, le CCJ et l’ODJ n’avaient toujours pas été installés neuf mois après le vote de la loi. Le projet de décret, communiqué en janvier 2010 au rapporteur de la Commission des Finances du Sénat, n’ayant jamais été publié. Un « avis » , présenté le 18 novembre 2010 par le Sénateur Gilbert Barbier, s’est étonné de ce curieux retard que nous avions signalé dans différentes contributions. « La difficulté » venait du « refus des services du Premier ministre d’assurer le secrétariat du CCJ». Le père Ubu n’était pas loin…

Démission du Sénateur Trucy

Dans ce contexte, une mesure de déclassement a été introduite dans le projet de finances 2011. Elle aurait permis au gouvernement de modifier la loi sur les jeux en ligne par décret simple, sans attendre la clause de revoyure prévue à 18 mois. Un scandale pour François Trucy qui a démissionné « officieusement » en décembre 2010. A cette occasion nous avons apporté notre soutien au Sénateur du Var , signalant que la République Des Jeux n’était très reconnaissante avec ses principaux serviteurs. Nous écrivions à l’époque « Souhaitons vivement que les autorités politiques, notamment celles rattachées au Premier Ministre, sachent faire revenir le sénateur, afin que la décision publique ne provienne pas uniquement d’un simple arbitrage entre intérêts privés et intérêts publics et pour d’aboutir à une Politique des jeux cohérente. Quant au Président de la République - à l’origine de la politique de jeu responsable dans les casinos quand il était Ministre de l’Intérieur - il ne pourrait que tirer profit politique d’un tel recentrage, qui contribuerait à réduire l’image des amis du Fouquet’s peu porteuse électoralement ».
Mais le sénateur Trucy a aussi des amis et il connaissait le dessous des cartes - parfois un peu biseautées – du dossier. Dangereux. François Baroin l’a réinstallé à la tête du Comité Consultatif en février 2011, avec au minimum l’accord de Nicolas Sarkozy. Certes, cet épisode a confirmé l’opiniâtreté d’un homme qui avait intitulé son premier rapport – ne l’oublions pas - l’Etat Croupier le Parlement croupion mais il a rappelé hélas aussi que la France est un curieux pays où il faut en permanence être dans le coup de gueule et/ou posséder de sérieux réseaux d’influence de différentes obédiences pour arriver à ses fins. Scandaleux.


Observatoire des jeux ou simple Commission ?

La réinstallation du Comité Consultatif (19 membres) a remis en scelle l’Observatoire des jeux. Que de temps perdu. La Française des jeux a en profité pour mettre en place un plan B parfaitement orchestré ( voir ci après) pour enfumer de nombreux dossiers et notamment le volet jeu excessif. Néanmoins, dix ans après l’appel que nous avions lancé aux pouvoirs publics ( notamment dans le quotidien les Echos ) la mise en place d’un Observatoire dédié au gambling apparait comme une bonne nouvelle…. sous réserve que certaines conditions soient respectées. Rien n’indique qu’actuellement elles le soient ! La composition de l’ODJ ( 8 membres) , annoncée par un arrêté du 11 mars 2011 , a confirmé nos craintes que ne soit mis en place un Observatoire croupion. Avec tout le respect – bien entendu la qualité des personnes choisies n’est pas en cause - que nous devons notamment à Charles Coppolani (Président de l’Observatoire), à Hélène Gisserot (ancienne Présidente du Cojer , membre de l’ODJ), il semble que nous avons là - pour l’instant - plutôt une Commission, un Cojer bis, qu’un Observatoire scientifique des jeux de hasard et d’argent et de la socialisation ludique contemporaine.

Souhaitons que les pouvoirs publics revoient leur copie. Plusieurs solutions sont possibles. Si la Majorité a enfin le courage de jouer franc jeu sur ce dossier recherche, elle sera gagnante au bout du compte et évitera bien des polémiques et critiques ultérieures, aussi bien au niveau national qu’européen. Si l’Opposition revient au pouvoir, elle pourra également s’appuyer sur les travaux de cet Observatoire pérenne, objectif, neutre. La Classe politique dans son ensemble – notamment les parlementaires qui ont travaillé sur le dossier, les maires des villes casino - devrait donc pouvoir se mobiliser en faveur d’un tel organisme d’étude des jeux de hasard en dur et en ligne. Les opérateurs de jeu également, s’ils ne veulent pas que les produits qu’ils commercialisent, soient de plus en plus systématiquement assimilés à une substance nocive. Ce serait une erreur politique, un non sens scientifique, d’installer un Observatoire dominé - comme c’est le cas actuellement - par des représentants de la doxa du jeu pathologie maladie. La également la qualité des personnes retenues ( Marc Valleur, Jean Pol Tassin, Jean Michel Costes) n’est pas en cause, mais on aimerait comprendre pourquoi seuls les addictologues, les spécialistes des drogues et de la dépendance ont droit au chapitre.

Mettre en place un Observatoire scientifique des jeux et de la socialisation ludique contemporaine qui soit à la hauteur des enjeux sociaux, économiques, culturelles et fiscaux d’une industrie qui pèse 26 millliards d’euros

Par ailleurs pour être opérationnel un Observatoire des jeux doit posséder des moyens, sinon c’est une coquille vide. Les chiffres du gambling soulignent d’évidence que l’Observatoire des jeux doit être à la hauteur des enjeux sociaux, économiques, culturels fiscaux… d’une industrie qui correspond par ailleurs à un fait social, historique et culturel qui concerne quotidiennement des millions de Français. L’économie du hasard a battu des records en 2010 à 26,3 milliards d’euros. La Française des jeux passe la barre symbolique des dix milliards. Les jeux en ligne montent en puissance à plus de 5 milliards. Ne parlons même pas de la filière cheval qui pèse son poids et des 196 casinos nationaux qui, bien qu’en difficulté (-18,72% en trois ans), participent à l’animation ludique et festive du territoire national. Ne regardons donc pas ce secteur par le petit bout de la lorgnette. Il y a une sociologie du jeu, une économie du jeu, une histoire du jeu, riche et ancienne. Les pratiques ludiques de nos concitoyens ne doivent pas être perçus uniquement à travers le prisme de l’addiction comme le souhaite la doxa du jeu pathologie maladie et le business du jeu compulsif. Certes comme le pensait Roger Caillois le jeu donne beaucoup à voir sur notre société. Mais étudions le sans crainte car c’est l’ensemble des causes , conséquences et réalités du gambling contemporain qui émergeront et pas seulement la question du jeu problématique.

Financer un Observatoire des jeux c’est également se donner les moyens d’éviter les conflits d’intérêts. On a beaucoup parlé de conflits d’intérêts dans le domaine politique. Ils existent aussi dans le domaine de la recherche et de l’expertise. Alors que le rapport de la Commission Sauvé est encore chaud et que certains se demandent si « le temps de la tolérance zéro » n’est pas venu en matière de conflits d’intérêts, l’installation d’un Observatoire scientifique des jeux qui aient les moyens de ses ambitions permettrait d’en éviter de nombreux dans le domaine du gambling, notamment sur le volet jeu problématique, jeu des mineurs, taux de redistribution….Le gouvernement a besoin de chiffres d’études fiables pour mener à bien une politique des jeux moderne et responsable. Le rapport Lamour/Filippetti l’a encore signalé dernièrement.

La France a également tout à gagner de se doter d’un véritable Observatoire des jeux vis-à-vis de l’Europe. Bruxelles s’interroge par exemple sur les vérités antinomiques de la doxa du jeu pathologie maladie. La Commission Européenne cherche à savoir si « le phénomène d’addiction est plus répandu dans le jeu en ligne que dans le jeu en dur. Certains disent que c’est le cas, d’autres prétendent l’inverse, déplore t on à Bruxelles » Cette interrogation européenne indique que la question du jeu excessif - sa définition, sa mesure - doit être traitée scientifiquement car elle peut facilement être instrumentalisée. C’est à l’Observatoire des jeux de travailler désormais sur ces questions et non pas à la Française des jeux. En mettant en place un véritable Observatoire scientifique du gambling , la France ne sera pas suspectée par Bruxelles d’instrumentaliser les chiffres et pourrait en outre servir de locomotive au niveau Européen.

La Française des jeux plus que jamais en conflits d’interets : elle finance la doxa du jeu pathologie maladie pour mieux la controler

Actuellement la confusion des genres est totale. La Française des jeux continue avec de gros moyens financiers son travail de verrouillage pour occuper tout le terrain . Communication permanente, instrumentalisation des agences de presse et donc des médias sur la notion de jeu responsable, financement des études sur le jeu problématique. L’opérateur historique bétonne notamment le volet recherche, en finançant le centre du jeu excessif de Nantes dirigé par Jean Luc Vénisse, à hauteur de deux millions d’euros . Il en est le partenaire fondateur. Scandaleux, ce conflit d’intérets enlève beaucoup de crédibilité aux études en cours. La FDJ vient par ailleurs soudainement de verser 270 OOO euros à deux universités parisiennes. Christophe Blanchard Dignac (PDG de la FDJ) instrumentalisant à cette occasion certaines conclusions de l’expertise Inserm qui invitait les pouvoirs publics - et non les opérateurs - à mener des études. Ne parlons même pas de l’enquête sur le caractère addictif des jeux en ligne réalisée à Bichat par MM Ladouceur & Lejoyeux et financée également par la Française des jeux. Les conflits d’intérêts semblent se cumuler dans le champ ludique vu que Michel Lejoyeux fait partie aussi de la Commission n° 1 de l’ARJEL. Quant au psychologue cognitiviste Robert Ladouceur ses rapports incestueux avec Loto Québec ( qui se chiffrent en millions de dollars canadiens) ont été dénoncés depuis des lustres par exemple par le philosophe Pierre Desjardins
La Française des jeux a mis en place un « Plan B » parfaitement orchestré pour contrôler la recherche sur le jeu. L’opérateur historique des loteries finançant la quasi-totalité des études sur le jeu excessif, nonobstant sa « commande » à l’AFNOR visant à auto définir la notion de jeu responsable. Certes ce plan a été pour partie contrecarré par la démission du Sénateur Trucy et sa réinstallation, mais les jeux sont loin d’être faits. Colloques, rapports, déclarations se multiplient mais rien n’avance dans le domaine de la recherche. La Française des jeux en profite pour enfoncer le clou en matière de jeu responsable, tout en pratiquant dans le même temps une incitation au jeu permanente et accrue. La duplicité est totale et s’effectue en toute impunité. Ceux qui la dénonce sont cloués au pilori, inscrits sur une liste noire. Le pouvoir de la Française des jeux est total.

La société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a même eu l’audace - ils se croient tout permis et ils se permettent tout - de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu » ! Au même moment Jean Luc Vénisse associé à M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, IOO questions pour mieux gérer la maladie » Et Michel Reynaud (après sans doute une longue étude de terrain ! ) d’affirmer dans France Soir que « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif . La boucle est bouclée. La collusion d’intérets marche à fond pour les deux parties en présence.


Le double jeu de la Française des jeux


Comme nous venons de le voir la FDJ en fait donc beaucoup pour soi-disant lutter contre le jeu excessif, mais elle en fait sans doute trop. Cet engagement en matière de RSE cache une autre réalité. La politique jeu responsable de M. Blanchard Dignac est beaucoup moins éthique qu’elle ne veut bien le dire. Elle a pour fonction de masquer un activisme commercial forcené. La FDJ met en avant une politique des jeux raisonnable, finance ses ennemis (la doxa du jeu pathologie maladie) pour mieux les contrôler, mais dans le même temps se lance dans une course effrénée à la croissance. En final la politique éthique mis en œuvre par le patron de la FDJ a pour conséquence de produire plus de jeu, sous couvert d’une action visant à lutter contre le jeu pathologique, le jeu des mineurs… Habile stratège, mais certains pourraient considérer cela comme de la duplicité particulièrement machiavélique pour un opérateur publique, Christophe Blanchard Dignac a profité de l’inquiétude des pouvoirs publics en matière de santé publique, non pour mettre la pédale douce en matière de développement mais au contraire pour accélérer sa croissance tout azimut. Il suffit de prendre un peu de recul, d’observer attentivement les activités de l’opérateur, de lire les communiqués de la FDJ et les déclarations de son PDG et ses nombreuses contradictions pour s’en rendre compte. La politique de jeu responsable mis en œuvre par Christophe Blanchard Dignac ces dernières années va produire en final du jeu pathologique. Scandaleux et irresponsable.

Les meilleures preuves de cette démonstration se situent dans les résultats de l’opérateur. En pleine crise économique il surperforme (+5,5 % en 2010) en dépassant pour la première fois la barre symbolique des 10 milliards. Avec une telle politique, l’opérateur « publique » atteindra facilement le taux de croissance de 3% qu’il s’est fixé pour 2011 et sans doute le dépassera-t-il. Si la FDJ a réussi contre toute attente à augmenter son CA c’est parce qu’elle a très fortement boosté son offre de jeux, en ligne et en dur, et qu’elle continue à le faire à marche forcée. Après avoir lancé « Crescendo » en novembre 2010 et « 2011 année de rêve » en décembre, la Française des jeux a commercialisé « Mots croisés » en février 2011 et quelques jours après « Créatio », un jeu de grattage disponible uniquement sur internet. Depuis, la FDJ a lancé « Mille Bornes » en mars, un jeu qui n’est pas donné par les temps qui courent (5 euros) , « Poker « en avril, un jeu à 3 euros qui vise à surfer sur le succès du Poker en ligne. Après avoir commercialisé pour la première fois un jeu consacré au tennis en avril 2011 (Roland Garros), elle inaugure un deuxième tirage pour Euromillions en mai, alors que le Loto compte déjà trois tirages hebdomadaires (lundi, mercredi, samedi). En juin, elle sort une nouvelle version du Millionnaire à un prix provocateur ( 10 euros) qui vient s’ajouter à une gamme de 22 jeux de grattage disponibles dans son réseau en dur. Encore en position de monopole sur de nombreux jeux, la Française des jeux a lancé 13 jeux de grattage purement internet ( Salsa Explosion, Mine d’or, Les Trois gongs…) qui sont en fait de vraies machines à sous virtuels.

Dernières précisions qui montre le vrai visage de la Française des jeu, l’inflation et les chances de gagner. L’opérateur historique profite du lancement de nouvelles formules pour augmenter fortement ses prix et diminuer l’espèrance statistique qui permet de décrocher le gros lot. Ils se croient tout permis et ils se permettent tout. Ainsi en 2008 le Loto passe de 1,2 euros à 2 euros ( soit une augmentation de 67 % ! ) et l’espèrance statistique évolue d’une chance sur I4 millions à une chance sur I9 millions. Pour le nouvel Euro Millions sorti en mai 2011, la FDJ fait encore plus fort. La probabilité de trouver les 7 bons numéros passe d’une chance sur 75 millions à une chance sur 116 millions ! Naturellement dans sa communication la FDJ n’insiste pas sur ces « détails » mais souligne que les pactoles sont de plus en plus gros. Il y aurait beaucoup à dire aussi sur les Taux de retour aux joueurs (TRJ) particulièrement pingres qui sont certainement facteurs de jeu excessif. Le joueur ne gagnant jamais ou des sommes misérables, rejouent et ne peut jamais sortir du jeu. La politique de Christophe Blanchard Dignac n’a donc rien à voir avec une politique des jeux responsable, raisonnable, modérée et soucieuse de sa clientèle. Elle apparaît au contraire comme une politique anti consumériste de rentabilité accrue, qui abuse de sa position dominante et de sa position de monopole pour faire comme bon lui semble. Elle agit de plus en plus comme un Etat ludique dans l’Etat Croupie, peu soucieuse en réalité de l’intérêt général et des Français qui jouent.


La FDJ et les médias : influence, lobby, presse…..


Christophe Blanchard Dignac peut certes se réjouir. Ses équipes marketing font preuve d’une imagination débordante pour lancer en permanence de nouveaux « jeux » et notamment des jeux de grattage. Peut-être faudrait-il d’ailleurs parler de « produits », de « coups marketing » tant l’intérêt ludique de ces jeux paraît parfois restreint. Il s’agit en réalité de faire le plus d’argent possible le plus rapidement possible en jouant, coté joueur sur la tentation du « je vais essayer au moins une fois », coté médias sur « le buzz de la nouveauté ». Agences de presse et médias jouent en effet un rôle considérable dans ces lancements car ils reprennent pro domo les nombreux « communiqués de la FDJ » , nonobstant les budgets publicitaires considérables qui accompagnent ces lancements. Le fait que la FDJ « arrose » en permanence de ses publicités et résultats, la totalité des journaux (locaux et nationaux) et organes d’information ( radio, télé), favorise objectivement ce curieux prosélytisme ludique opéré « gratuitement » par les médias à chaque communiqué de la FDJ. La directrice de la communication de la FDJ (Laetitia Olivier) ne cache pas qu’elle doit jongler entre des métiers très différents dont « influence ( lobby, presse) » ( cité par Stratégie .fr du 27 janvier 2011) Dans ces conditions il est très difficile de trouver ( dans la presse ou sur internet) des analyses qui critiquent ou tout simplement interrogent la Française des jeux, qui occupe en permanence le terrain médiatique. Cette collusion entre la FDJ, les médias, les agences de presse apparaît comme une forme moderne de propagande particulièrement révoltante dans un pays démocratique.


La Française des jeux exploite la crise économique et galvaude sans vergogne un précieux patrimoine ludique nationale

Mais en voulant peu ou prou contrôler les médias et en empêchant tout débat démocratique sur son activité la FDJ en fait sans doute trop. Certains esprits critiques pourraient un jour accuser le PDG de la Française des jeux de surfer, et même d’exploiter sans vergogne, une crise économique qui perdure. Les Français en grande difficulté financière cherchant plus que jamais à décrocher le pactole pour changer de vie, se refaire, ou tout simplement pour améliorer l’ordinaire. Un ordinaire de plus en plus affecté par l’augmentation des prix, la dépression économique mondiale, l’imposition fiscale locale et nationale en perpétuelle augmentation, sans oublier l’arrivée inflationniste de l’Euro dont nos concitoyens ne se sont toujours pas remis. Conscient de cette situation économique, parfois dramatique pour les catégories populaires et désormais aussi pour les classes moyenne, Monsieur Blanchard Dignac exploiterait sans le dire, la théorie de la pauvreté de certains économistes : plus on est pauvre plus on joue. Certes le jeu reste un impôt volontaire et il ne sagit pas de réactiver la thèse néo marxiste du jeu comme opium du peuple pour partie réductrice. Néanmoins on peut soupçonner le « patron » de la Française des jeux de n’avoir guère l’esprit public, de ne pas avoir le sens de l’intérêt général. En exploitant jusqu’à la corde dans une vision courtermiste un précieux patrimoine ludique national qui ne lui appartient pas, il brade le bien commun, contribue à « tuer la poule aux œufs d’or », tout en piétinant sans vergogne un principe de précaution longtemps instrumentalisé pour freiner l’ouverture à la concurrence et combattre les directives européennes. La FDJ a en effet longtemps mis en avant sa politique de jeu raisonnable pour tenter de prouver que la meilleure façon de lutter contre le jeu pathologique était de maintenir le monopole, qui existe encore en matière de loteries et de jeux de grattage. Mais à cause de son activisme commercial et publicitaire, de sa duplicité, la FDJ aura de plus en plus de mal à maintenir cette position face à Bruxelles. La Cour de justice européenne vient de souligner les conflits d’interets existants « entre protection du citoyen et déferlement publicitaire ». Elle précise que « la publicité mise en œuvre par le titulaire d’un monopole public doit demeurer mesurée et strictement imitée ». Assurément la FDJ est directement concerné par cet arrêt de la Cour qui vient de réinterroger récemment le monopole du PMU et la politique commerciale menée par Philippe Germond


Evaluer le potentiel de dangerosité des jeux de hasard et d’argent : l’exemple des jeux de la Française des jeux


Mais c’est aussi sur le terrain du jeu responsable, du jeu pathologie maladie, de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) Française des jeux, que Christophe Blanchard Dignac pourrait un jour être mis en accusation. Cela concerne la « dangerosité » des jeux que vend l’opérateur historique à travers un réseau très dense de distributeurs (35800) Le chercheur Jörg Häfeli a établi « un instrument d’évaluation du potentiel de dangerosité des jeux de hasard et d’argent » Parmi les critères qui le définisse on trouve notamment :
• Le critère de disponibilité : la probabilité accrue de développer un comportement de jeu problématique est directement lié à la disponibilité d’un jeu
• Le critère du degré d’interactivité : dans certains jeux « le joueur est émotionnellement impliqué », » il vit à fleur de peau la façon dont se prépare l’issue du jeu » . J. Häfeli précise « on observe cela pour les loteries dont le tirage s’effectue en direct à la télévision «
• Le critère de mise sur le marché : une mise sur le marché à grande échelle entraine une banalisation du jeu. Cette normalisation favorise l’excessivité. La routine se substitue à la réflexion critique précise par ailleurs deux autres chercheurs Meyer & Hayer , cité par J. Häfeli
• Le critère de l’anonymat : le potentiel de risques de jeu excessif s’élève avec le degré d’anonymat d’un jeu car le joueur ne craint aucune stigmatisation. L’anonymat supprime l’effet modérateur du contrôle social induit dans le fait de déclarer son identité, comme par exemple quand on joue dans un casino. En outre cet anonymat rend plus difficile la prévention, précise J. Häfeli.

Contre toute attente on s’aperçoit que ces critères correspondent très exactement aux caractéristiques des jeux de la FDJ, à son omniprésence médiatique, publicitaire et territoriale. Les jeux de l’opérateur historique possèdent objectivement un potentiel addictogène important et ne correspondent pas à une offre « douce ». On peut désormais comprendre pourquoi la FDJ cherche à contrôler entièrement le volet recherche et finance la quasi totalité des études en cours sur le jeu. A l’avenir et notamment si l’Observateur des jeux fonctionne comme un véritable Observatoire scientifique et non comme une simple Commission, la FDJ ne pourra plus définir elle même la dangerosité ou l’innocuité de ses produits. Les jeux considérés dangereux étant avant tout dans l’imaginaire du joueur freudien véhiculé par la doxa du jeu pathologie maladie ( financée par la FDJ), les jeux de casino (roulette, black-jack, machines à sous, poker) et les paris hippiques.

La tentation d’instrumentaliser les sondages sur le jeu, le risque de privatiser les recherches sur le gambling


Certes, différents instituts de sondages ( CSA, Médiamétrie…) qui feraient mieux d’améliorer leur panel de calcul d’audience des chaines de télé , se sont lancés depuis quelques mois sur le créneau des études et mesures du gambling, notamment en ce qui concerne les jeux en ligne. Les pouvoirs publics , l’Arjel, le CCJ peuvent avoir la tentation d’utiliser - voir d’instrumentaliser – ces sondages pour défendre leur politique des jeux. Mais les opérateurs privés ont capacité à en financer d’autres qui défendent leurs intérêts. La guerre des sondages et des chiffres a d’ailleurs recommencé ces dernières semaines à l’occasion du premier anniversaire de la loi sur les jeux en ligne. Les critiques actuelles sur les sondages, qui suivent le rapport des Sénateurs Portelli et Sueur sur Les sondages et la démocratie, invitent l’autorité publique à ne pas céder à cette tentation en matière de jeux d’argent, domaine en outre particulièrement difficile à investiguer. Car ces critiques ne concernent pas que les sondages politiques que « le Sénat veut désormais réglementer». Méconnaissance de la spécificité du champ étudié, manque de rigueur méthodologique et de représentativité, études réalisées de plus en plus souvent par téléphone ou on line, faiblesse des échantillons pour faire des économies et le maximum de profits, redressements qui permettent toutes les manipulations…Les sociologues dénoncent depuis des lustres les nombreux biais méthodologiques et épistémologiques des sondages. Ceux consacrés aux jeux de hasard n’échapperont pas à la règle. Une privatisation de la recherche sur le gambling par le biais des sondages constitue une arme dangereuse qui autorise le lobbying. Mettre en place un véritable Observatoire des jeux à financement publique majoritaire, c’est refuser que la Politique des jeux de la France subisse le diktat des sondages et leur instrumentalisation


Pour Jean François Lamour, la recherche sur le jeu pathologique menée par l’Observatoire des drogues ne constitue « qu’un module assez modeste sur les jeux »


Certes l’OFDT doit publier « prochainement » une recherche sur le jeu pathologique non financée par la FDJ Mais la également le commentaire s’impose. Cette étude ( qui tarde à être publiée) a été obtenue par JM Costes ( ex directeur de l’Observatoire des drogues) dans des conditions douteuses et des temporalités curieuses. Elle a été décidée ( par qui ?) dans l’urgence, en pleine expertise Inserm, comme le financement du centre nantais dirigé par Jean-Luc Vénisse. Réalisée en réalité par l’INPES d’octobre 2009 à juin 2010 dans le cadre de son Baromètre Santé, ce sondage (téléphonique semble t il ) soulève en outre de nombreuses questions épistémologiques et méthodologiques. L’ensemble du protocole de collecte des données devra être disponible pour permettre le débat scientifique. Pour Jean François Lamour dans son dernier rapport l’enquête de l’Observatoire des drogues ne constitue désormais « qu’un module assez modeste sur les jeux » ajouté au Baromètre santé et qui ne concerne que les jeux en dur. Avant même sa publication cette étude semble déjà caduque.

Sur le fond, chacun en conviendra, en aucune manière l’Observatoire des drogues ne peut jouer le rôle qui incombe à un Observatoire des jeux. Certes l’Avis n° 113, présenté par le Sénateur Barbier, s’est interrogé en ce sens dans le cadre du renouvellement des crédits de la MILDT. Mais outre qu’on peut contester le fait que l’OFDT cherche « soudainement » des relais de croissance dans l’industrie des jeux, on observera qu’il a peut-être d’autre chose à faire au regard de la consommation de stupéfiants en constante augmentation. Ne parlons même pas de la symbolique engagée. On voudrait faire apparaître les opérateurs de jeu ( en dur ou en ligne) comme des dealers – Française des jeux en tête - qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Après l’accusation d’Etat Croupier que le gouvernement traine depuis des lustres comme un boulet - et à laquelle il faudrait un jour répondre sérieusement - on a l’impression qu’il fait tout pour apparaître comme un Etat Dealer, en sur-interprétant a-priori l’hypothèse du jeu pathologie maladie. C’est absurde. L’Etat est il masochiste ou cherche t il maladroitement à se donner bonne conscience ? On peut s’interroger. Ne soyons pas ensuite étonné qu’une gauche irresponsable (mais démagogique et opportuniste : elle tente de capter les jeunes électeurs de la présidentielle) en profite pour « relancer le débat sur la dépénalisation du cannabis ». Le Monde – multirécidiviste sur ce terrain - s’est livré à un exercice scandaleux de propagande sur ce thème dans son numéro du 16 juin . Thibault Gajdos, CNRS, a ensuite beau jeu de préciser quelques jours après, toujours dans Le Monde, « reste l’ultime argument du gouvernement : il serait immoral que l’Etat autorise la consommation du cannabis. C’est une position qui peut se défendre, mais elle est surprenante, de la part d’un gouvernement qui a légalisé les paris en ligne »


Ce parallèle entre politique des jeux et politique de lutte contre la toxicomanie permet de rappeler l’affaire Costes. JM Costes a participé, comme nous, à l’expertise Inserm. Il a réussi à obtenir une étude sur le jeu pathologique dans des circonstances curieuses, contre l’avis semble t il d’Etienne Apaire (le Président de la Mildt, tutelle de l’OFDT). N’étant pas dans le secret des Dieux il nous est difficile d’apprécier si cette étude est une commande politique ou si elle provient uniquement de l’activisme opportuniste de JM Costes, qui avait visiblement du temps de libre pour s’occuper des jeux d’argent en plus de ses nombreuses activités scientifiques et politiques. Vu de Province, le cumul des fonctions que nous observons depuis des années dans le cénacle parisien du champ ludique a quelque chose de sidérant. Ne soyons pas étonné ensuite que les résultats des études tardent à sortir ou ne soient pas à la hauteur des attentes, que les experts nommés dans les multiples commissions n’assistent pas aux réunions après avoir annoncés souvent qu’ils n’avaient pas de compétences particulières en matière de gambling…

Jean Michel Costes a ensuite été « remercié » (en avril 2011) par Etienne Apaire, le Président de la Mildt, tutelle de l’OFDT. Le rapprochement que nous effectuons ici n’a rien d’anachronique. Outre le fait que JM Costes a été nommé membre de l’Observatoire des jeux, juste avant d’être viré de l’Observatoire des drogues, cette éviction pose une question commune. Quel est le rôle d’un Observatoire ? De notre point de vue il est d’observer scientifiquement, faire des enquêtes, mesurer…Toutes les vérités scientifiques sont bonnes à dire, mais en aucune manière un Observatoire doit décider d’une politique (des jeux ou de lutte contre la toxicomanie) qui relève du gouvernement, en dialogue avec la représentation nationale. Pour avoir oublié cette règle de base de la décision publique le directeur de l’OFDT a été limogé. Il s’était prononcé pour les salles de shoot alors qu’E. Apaire, le gouvernement, de nombreux parlementaires (notamment Jean-François Lamour qui est monté fortement au créneau sur cette question) et une majorité de Français sont contres. Certes l’ex-directeur de l’OFDT a reçu des soutiens politiques et corporatistes de la gauche (notamment ceux de Jean-Marie Leguen), des toxicologues, des médias (Le Monde et Libération en tête, qui mènent depuis des années un curieux activisme en faveur des salles d’injection) Mais cette solidarité idéologique et de réseau ne doit pas occulter les vraies questions. Quel est le rôle d’un Observatoire en matière de drogue ou en matière de jeu ? La décision, l’orientation de l’action publique, ne doit-elle pas en final relever de l’autorité politique garante de l’intérêt général, sous peine d’être systématiquement entravée par des opinions, des intérets ?


Jeux en dur, jeux en ligne : la classe politique devrait pouvoir se retrouver, au moins sur cette idée d’observatoire des jeux revisité


Le gouvernement a semble-t-il compris en réinstallant le CCJ et donc l’Observatoire des jeux, qu’une saine régulation doit s’appuyer sur la recherche, séparer les compétences si elle ne veut pas être accusée d’être partisane, sous la pression de la FDJ, des autres opérateurs ou d’autres acteurs du champ : doxa du jeu pathologie maladie, associations familiales, groupes de pression néo-rigoristes... Mais pour remettre les compteurs à zéro en matière de recherches sur le jeu il aurait fallu dès le départ ( et après plus d’un an d’une curieuse attente !) doté rapidement l’observatoire de moyens qui soient à la hauteur des enjeux scientifiques et statistiques du secteur, c’est à dire avec un budget au moins aussi important que celui, par exemple, de l’Observatoire des drogues. Il aurait du nommer des chercheurs issus de différentes disciplines, spécialistes des jeux d’argent, qui soient disponibles pour travailler à plein temps sur les nombreux dossiers. Au lieu de ça « le cabinet » nomme Jean Michel Costes et deux autres addictologues à l’Observatoire des jeux. La également la qualité, et en l’occurrence vu le cumul des fonctions, les nombreuses qualités des personnes concernées ne sont pas en cause. Au lieu de ça le cabinet nomme des représentants d’associations familiales qui, si elles sont certainement utiles socialement, n’ont certainement rien à faire dans un Observatoire scientifique des jeux. Sans se situer sur le registre de la sociologie critique et sans vouloir endosser l’habit du sociologue provocateur, nous sommes en droit d’interroger les choix politiques et scientifiques qui ont motivé ces nominations. Tout cela ne s’est pas fait par hasard et n’invite pas à l’optimisme quand à la possibilité d’une politique des jeux cohérente et transparente.

Dans le même temps, et pour conclure sur une note plus optimiste, le fait que le successeur annoncé de F. Trucy – Jean François Lamour – ait publié le 26 mai 2011 un rapport avec la députée socialiste Aurélie Filippetti souligne – malgré les divergences affichées - que la classe politique devrait pouvoir se retrouver, au moins sur cette idée d’observatoire revisité, qui travaillerait sans a priori sur le gambling y compris sur le terrain du jeu problématique. Dans le cas contraire, cela signifierait l’existence d’une collusion droite-gauche sur ce dossier idéologiquement et fiscalement sensible - un jeu politique - malgré les joutes rhétoriques antagonistes qui se sont déroulées au Sénat et à l’Assemblée Nationale en 2010 (notamment celles de Gaëtan Gorce) et encore récemment avec les dissonances du rapport Lamour-Filippetti.

Etant à l’origine – avec M. Valleur, Directeur de Marmottan et C. Bucher (Psychiatre) de l’initiative qui a abouti à l’inscription d’un Observatoire des jeux dans la loi votée en 2010, notre devoir était d’intervenir pour défendre cet instance pour laquelle nous nous sommes battus une bonne partie de notre vie et pour laquelle nous avons toujours de grandes ambitions.


© JP Martignoni-Hutin,Lyon (France), Juillet 2011


Rédigé par : martignoni | 13 juil 2011 19:18:48

FRANCE = POLITIQUE DES JEUX

Comité consultatif du jeu, sénateur François Trucy, Arjel, Jean-François Vilotte, Observatoire des jeux, Colloque du 22 mars 2011 à la Maison de la Chimie…

L’ Observatoire des jeux de hasard et d’argent ne doit pas être un Observatoire « Croupion »

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JP Martignoni ( sociologue)

NB = IMPORTANT : L’installation de l’observatoire des jeux et la nomination de ses membres ( arrêté du 11 mars 2011, JO du 13 mars 2011) n’étaient pas connues au moment ou cet article a été rédigé.

· La réinstallation du Sénateur Trucy à la tête du Comité Consultatif du jeu ( CCJ) par François Baroin, avec au minimum l’accord du Président de la République, est intéressante à plus d’un titre. Elle confirme l’opiniâtreté d’un homme qui semble avoir fait sienne la devise, si on a une conviction, il faut la défendre coute que coute. Curieux pays cependant que la France ou il faut en permanence combattre, être dans le coup de gueule, la provocation - ou posséder de sérieux réseaux d’influence de différentes obédiences - pour arriver à ses fins. François Trucy ne demandait pourtant qu’une chose simple : mettre en place la nouvelle architecture prévue par la loi sur les jeux en ligne, après de multiples débats parlementaires, colloques, auditions, arbitrages…Cette réinstallation confirme aussi, après l’épisode du soldat Woerth, que ce n’est pas forcément le « grand Amour » en matière de gambling au sein de la Majorité, malgré le nom du successeur « déjà » annoncé de François Trucy : Jean François Lamour. Un peu d’ironie facile étant indispensable pour traiter sereinement « ce monde très tourmenté du jeu » ou les intérêts financiers publics et privés sont tels, que tous les coups semblent permis et toutes les stratégies possibles, même les plus machiavéliques. La sociologie des logiques des acteurs du champ ludique indiquant en la matière, que les dés sont souvent pipés et que les jeux ne sont jamais faits.
· De fait, cette réinstallation du Comité Consultatif du Jeu remet en scelle l’Observatoire des jeux (ODJ) qui – normalement – en sera son bras armé intellectuel et scientifique. C’est une bonne nouvelle, sous réserve que certaines conditions soient respectées. Cet observatoire doit posséder les moyens de son indépendance s’il veut informer objectivement le CCJ, l’ARJEL et au delà, la Politique des jeux du gouvernement. Ce serait une erreur politique et scientifique d’installer un Observatoire « Croupion ». De gauche à droite de l’échiquier politique, on souligne depuis des lustres que les jeux de hasard en dur et en ligne constituent un grave problème de santé publique. Alors, si c’est si aussi dangereux pourquoi tant d’hésitations à mettre en place un Observatoire dédié ?! qui devra en réalité travailler sur l’ensemble des causes et conséquences sociales du gambling et pas seulement sur la question du jeu excessif.
· Cet organisme doit donc être à la hauteur des enjeux sociaux, économiques, fiscaux de l’ industrie des jeux, qui correspond par ailleurs à un fait social, historique et culturel qui concerne des millions de Français. Les chiffres du gambling soulignent d’évidence la nécessité d’un tel Observatoire. Même si les casinos sont toujours à la peine, - 2,1% la saison dernière, l’économie des jeux a battu des records en 2010 : +22% à 26,3 milliards. La Française des jeux « gênée par son succès (A) » passe « pour la première fois » la barre symbolique des dix milliards. Les jeux en ligne légalisés depuis le 8 juin 2010 montent en puissance : 5, 012 milliards. Dans ce secteur, si les paris sportifs semblent connaître actuellement « un trou d’air [1]» , le poker marche très bien et les paris hippiques progressent avec une régularité constante
· La France a tout à gagner en vérité de se doter d’un véritable Observatoire consacré aux jeux de hasard et d’argent en ligne et en dur et à la socialisation ludique contemporaine, y compris vis à vis de l’Europe. Bruxelles veut des informations fiables et commence à s’interroger sur les vérités antinomiques douteuses de la doxa du jeu pathologie maladie. La Commission Européenne cherche par exemple à savoir si « le phénomène d’addiction est plus répandu dans le jeu en ligne que dans le jeu en dur. Certains disent que c’est le cas, d’autres prétendent l’inverse, déplore t on à Bruxelles. [2]» Nous ne sommes pas mécontents que la Commission s’interroge ainsi désormais, ayant souvent dénoncé les analyses contradictoires et opportunistes de la doxa sur ce sujet. Cette interrogation européenne indique que la question du jeu excessif - sa définition, sa mesure - doit être traitée sérieusement et scientifiquement car elle peut facilement être instrumentalisée.
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· Actuellement la confusion des genres est totale. La Française des jeux continue avec de gros moyens financiers son travail de verrouillage pour occuper tout le terrain. Elle poursuit sa politique de citadelle assiégée et - la meilleure défense étant l’attaque - essaie de tout contrôler : financement de la doxa du jeu pathologie maladie, communication permanente, instrumentalisation des agences de presse et donc des médias sur la question du jeu responsable, activisme marketing et commercial sans précèdent... L’opérateur historique finance également les associations SOS joueurs, E-enfance, SEDAP ( société d’entraide et d’action psychologique), CRESUS Alsace (surendettement social).
· La Française des jeux essaie en réalité depuis plusieurs années ( avec une accélération depuis la libéralisation des jeux en ligne) de verrouiller entièrement le volet recherche jeu pathologique, en finançant notamment le centre du jeu excessif de Nantes dirigé par Jean Luc Vénisse à hauteur de deux millions d’euros[3]., soit la bagatelle de 13,11 millions de nos bons vieux francs. La FDJ est le « partenaire fondateur » du centre de Nantes. La Française des jeux vient par ailleurs soudainement de verser 270 OOO euros à deux universités parisiennes pour verrouiller le volet plus large : gambling & sciences sociales. Christophe Blanchard Dignac (PDG de la FDJ) instrumentalisant à cette occasion certaines conclusions de l’expertise Inserm, qui invitait les pouvoirs publics ( et non les opérateurs !) à mener des recherches sur les jeux d’argent et à installer enfin un Observatoire . Ne parlons même pas de l’enquête sur « le caractère addictif des jeux en ligne » réalisée par MM. Ladouceur/LEJOYEUX à Bichat et financée également par la FDJ. Il y a ( il y avait) bien au niveau de la recherche sur le jeu ( pour ne parler que de ce volet du dossier) la mise en place d’un « Plan B », sans CCJ et sans Observatoire. La Française des jeux en conflits d’intérêts, finançant la quasi-totalité des études sur les jeux d’argent, nonobstant sa commande à l’AFNOR, visant à auto définir la notion de « jeu responsable », sans doute pour mieux la contrôler. Toutes ces actions et tout cet argent engagé par l’opérateur des loteries court-circuitent l’Observatoire des jeux, avant même que celui ci ne soit installé et sans doute même pour qu’il ne soit jamais installé. Sans la démission de François Trucy le Comite Consultatif était enterré, l’Observatoire également. Mais la réinstallation du CCJ et de l’ODJ pourrait constituer une victoire à la Pyrrhus si des actions fortes - concrètes et symboliques - ne sont pas immédiatement annoncées et engagées.
· Certes, l’Observatoire des drogues et des toxicomanies (OFDT) a réalisé un « sondage » sur le jeu pathologique qui n’est pas financé par la FDJ. Mais cette étude, qui sera prochainement publiée, a été obtenue dans des conditions douteuses et des temporalités curieuses. Elle a été décidée dans l’urgence, en pleine expertise Inserm, comme le financement fondateur du centre de Nantes par la Française des jeux. Réalisée en réalité par l’INPES d’octobre 2009 à juin 2010 dans le cadre du Baromètre Santé, ce sondage téléphonique semble poser en outre de nombreuses questions épistémologiques et scientifiques. Fondamentalement chacun en conviendra, en aucune manière l’Observatoire des drogues ne peut pas jouer le rôle qui incombe à un Observatoire des jeux. Certes, l’Avis n° 113 du Sénat présentée par Gilbert Barbier en novembre 2010 s’interrogeait un peu dans ce sens dans le cadre du renouvellement des crédits de la MILDT et de l’OFDT . Mais outre qu’on peut contester le fait que l’Observatoire des drogues cherche « soudainement » des relais de croissance dans l’industrie des jeux d’argent, qu’on peut observer que cet Observatoire a encore beaucoup à faire en matière de stupéfiants au regard de la consommation de drogue en constante augmentation, on s’interrogera sur la symbolique engagée pour l’économie des jeux et les opérateurs, si l’Observatoire des drogues et des toxicomanies devenait l’organisme de référence en matière de recherche sur les jeux de hasard, une passion ordinaire et populaire qui concerne les loisirs et l’amusement des Français. Certains voudraient faire apparaître les opérateurs de jeu comme des dealers – Française des jeux et Etat Croupier en tête - qu’ils ne s’y prendraient pas autrement ! Ne parlons même pas de l’image associée faisant apparaître les millions de français qui jouent comme des drogués du jeu, qui serait désastreuse et surtout fallacieuse.
· Certes, un certain nombre d’instituts de sondages ( CSA[4] et Médiamétrie par exemple) - en l’absence d’Observatoire des jeux - se sont lancés sur le créneau des études sur le gambling. Les pouvoirs publics , l’Arjel peuvent avoir la tentation d’utiliser - voir d’instrumentaliser – des sondages pour défendre leur bilan et leur politique des jeux. Mais les autres acteurs du champ, et notamment les opérateurs privés, ont également la capacité de financer des sondages qui défendent leurs intérêts. Plus fondamentalement les critiques actuelles sur les sondages, qui suivent le rapport des sénateurs Portelli et Sueur sur « les sondages et la démocratie », n’invitent pas l’autorité publique à céder à cette tentation en matière de jeux d’argent, domaine en outre particulièrement difficile à investiguer. Car bien entendu ces critiques ne concernent pas que les sondages politiques, que « le Sénat veut désormais réglementer ’[5] », mais tous les sondages. Méconnaissance de la spécificité du champ concerné, manque de rigueur méthodologique et de représentativité, études réalisée de plus en plus systématiquement par téléphone ou on line[6] redressements qui permettent toutes les manipulations….En aucune manière les instituts de sondage ne pourront se substituer à un Observatoire, dans le domaine sensible des jeux de hasard et d’argent.
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· Les experts de l’Observatoire ( 8 personnes prévues dans la loi mais dans notre organigramme de préfiguration cet organisme est appelé à monter en puissance autour de différents pôles d’activités) doivent avoir les moyens de travailler et c’est un travail à temps plein. En outre, ils ne doivent pas être en conflit d’intérêts. Le financement public majoritaire de l’Observatoire, c’est le prix à payer pour son indépendance. On a beaucoup parlé de Conflits d’Intérêts dans le domaine politique. Ils existent également dans le domaine de l’expertise ( climat, santé , médicament…). Par conséquent en aucune manière les chercheurs responsables, les chargés d’études, les spécialistes qui travailleront à l’Observatoire des jeux ne doivent avoir de relations contractuelles ou êtres financés directement ou indirectement par la FDJ, le PMU, les casinos ou les opérateurs privés de jeux en ligne. Cela exclut les « spécialistes » de l’addiction ( réels ou auto proclamés) les plus en vue qui sont actuellement déjà grassement financés par les opérateurs, principalement par la Française des jeux. Le cahier des charges de l’Observatoire des jeux concernant les conflits d’intérets doit donc être aussi conséquent que celui que possède l’Arjel. Alors que le rapport de la Commission Sauvé[7] est encore chaud et que certains se demandent si « le temps de la tolérance zéro[8] » n’est pas venu en matière de conflits d’intérêts, l’installation d’un Observatoire des jeux permettrait d’en éviter de nombreux dans le domaine de la recherche sur le gambling et notamment sur le volet jeu pathologique. Car bien évidemment la notion de conflits d’intérêt peut-être « objective » et ne concerne pas que le cumul des fonctions (public, privé) et l’enrichissement personnel des hommes politiques ou des responsables publics.
· Le gouvernement a semble-t-il compris en réinstallant le CCJ et donc l’Observatoire des jeux qu’une saine régulation doit s’appuyer sur la recherche, l’expertise, séparer les compétences, s’il ne veut pas être accusé d’être partisan ou sous la pression des opérateurs ou d’autres acteurs du champ ( doxa, association, lobby, groupes de pression néo-rigoriste..). Le fait que le successeur annoncé de François Trucy – Jean François Lamour – annonce[9] qu’il travaille actuellement avec la députée socialiste Aurélie Filippetti ( qui avec d’autres ténors de la gauche, et notamment Gaëtan Gorce, sont fortement intervenus dans les débats parlementaires de 2010) souligne que la classe politique devrait pouvoir se retrouver sur cette idée d’observatoire, qui travaillerait sans a priori sur les jeux de hasard et d’argent et remettraient les compteurs à zéro en matière de recherche, y compris sur le terrain du excessif. Dans le cas contraire cela signifierait qu’il y a en réalité une collusion droite/gauche – un jeu politique - sur le dossier du gambling, malgré les joutes rhétoriques antagonistes qui se sont déroulées au Sénat et à l’Assemblée Nationale en 2010.
· Certes la légalisation des jeux d’argent sur Internet ne peut que renforcer l’acuité des questions sociétales qu’entraîne l’économie du hasard (conséquences sociales , santé publique…). Comme ces problématiques (et notamment la question du jeu «excessif », du taux de redistribution, du jeu des mineurs et des personnes vulnérables…) ont largement été mises en avant pour justifier l’ouverture « maîtrisée » des jeux en ligne, il convient qu’elles ne soient pas instrumentalisées. En aucune manière les opérateurs de jeux ne peuvent diligenter et financer des recherches sur l’impact de leur activité comme ils le font actuellement - Française des jeux en tête - pour influer directement ou indirectement sur les décisions du Comite Consultatif. C’est désormais à l’Observatoire des jeux de mener ces investigations. Comme le CCJ a été réinstallé, l’observatoire des jeux doit désormais jouer un rôle central dans ces études. Mais si c’est une coquille vide, il sera rapidement qualifié d’observatoire croupion et ne pourra pas mener à bien ses nombreuses missions. Avec tout le respect que nous devons à Hélène Gisserot (Présidente du comité consultatif pour l’encadrement des jeux et du jeu responsable : COJER) nous aurons à faire à un COJER bis et non à un Observatoire. A l’heure où certains questionnent le rôle ambigu joué par les experts dans d’autres dossiers (réchauffement climatique, grippe A H1N1, tabagisme passif…) il convient que l’observatoire des jeux possède les moyens de ses ambitions, afin de réaliser des recherches pluridisciplinaires indépendantes, neutres et objectives. Si l’Etat et la Majorité ont enfin le courage de jouer franc jeu dans ce dossier, ils seront gagnants au bout du compte et éviteront bien des critiques, contentieux et polémiques ultérieures. Si l’Opposition revient aux affaires, elle pourra également s’appuyer sur les travaux de cet Observatoire pérenne pour mener à bien sa politique des jeux.
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· Historiquement, 2010 restera pour la France l’année de la libéralisation des jeux d’argent en ligne, prémisse probable à une évolution similaire dans de nombreux autres pays, Etats-Unis compris. Certes, cette « ouverture » du gambling virtuel a été souhaitée « maitrisée » par le législateur. Elle n’en marque pas moins la fin d’une prohibition. Bien qu’illégaux, des milliers de sites exploitaient depuis des lustres cette situation, créant un marché gris qui autorisait toutes les manipulations et souffrait d’accusations dont certaines probablement légitimes ( insécurité des jeux, possibilités de blanchiment, intérêts mafieux, origine des capitaux, évasion fiscale…)
· Cette prohibition – outre son aspect rétrograde vis à vis du développement d’internet dans tous les secteurs d’activité – mettait en outre la France en contradiction vis à vis d’une volonté européenne forte, de libéraliser les services et d’offrir plus de concurrence aux consommateurs joueurs. Et comme les deux opérateurs historique – Française des jeux en tête une nouvelle fois – s’étaient lancés fortement dans les jeux d’argent en ligne, et pratiquaient par ailleurs depuis des années un activisme commercial & marketing forcené ( en France et à l’étranger) se situant aux antipodes d’une politique des jeux limitée et responsable, il a été impossible à la France et à Bercy – nonobstant la question du jeu des mineurs ! - de s’opposer durablement à cette volonté de l’UE de manière logique et cohérente. A l’époque, nous avions résumé la situation dans la formule : «l’autorisation des jeux de hasard en ligne est dans la logique des choses européennes et dans la logique de l’ubiquité d’internet ». Après bien des vicissitudes qui ressemblaient parfois à des pantalonnades indignes de la France , un certain nombre de jeux en ligne ont été autorisés dans un cadre réglementaire bien précis. Mais la fin relative[10] de la prohibition du gambling virtuel ne règle pas tous les problèmes.
· Ainsi on peut s’interroger pour savoir si « le marché est devenu légal à 90% [11]», les paris illégaux « un phénomène marginal [12]» comme l’affirme le Président de l’Arjel ; ou si à l’inverse « les sites autorisés ne représentent pas plus de 30 % du marché en valeur des jeux en ligne » et si « la loi sur les jeux en ligne favorise la fraude[13] » comme le précise Stéphane Courbit… haut et fort. L’ouverture n’étant pas totale, le cadre réglementaire très rigoureux aussi bien pour les opérateurs que pour les joueurs, la question doit être posée sans tabou. Le fait que Betfair n’ait encore pas demandé de licence ne peut être ignoré. Ce leader mondial des jeux en ligne estimant que le marché français est le pire des marchés régulés - « Il est apparemment ouvert mais on ne peut rien faire[14](14). Dans le même temps, on peut voir le « géant américain du poker Caesars[15] » établir un partenariat avec Lucien Barrière. Mitch Garber (directeur général de Caesar) estimant que « la France est un très grand marché du poker[16] » On peut également s’interroger sur la fiscalité ( taxation des mises et non des revenus nets) qui serait prohibitive pour certains opérateurs et empêcherait de capter, notamment en matière de poker, « les gros joueurs qui sont à l’étranger[17]» selon Tim Philipps, responsable Europe de Betfair.
· Il serait important que l’Observatoire problématise ces questions fondamentales, enquête, recoupe les informations et statistiques pour éviter que ces dossiers ne soient totalement instrumentalisées dans un sens ou dans un autre comme ils le sont actuellement. Le CCJ pourra ensuite plus sereinement émettre des avis et le gouvernement modifier le cas échéant sa Politique des jeux. Il en va de même sur l’excessivité dans le jeu qui doit constituer une thématique prioritaire du programme de recherches de l’Observatoire des jeux
· Ainsi en ce qui concerne le taux de retour au joueur (TRJ) on sait qu’il a été limité arbitrairement à 85% pour les jeux en ligne afin ( c’est la thèse officielle) de lutter contre l’addiction. L’ancien ministre du Budget instrumentalisant dès le départ le TRJ pour en justifier sa limite soulignant , sans en apporter la preuve scientifique, que plus le taux de redistribution d’un jeu était élevé plus ce jeu était pathogène. Nous avions condamné à l’époque cette instrumentalisation et le Sénateur Trucy était intervenu également pour dire qu’Eric Woerth était peut être allé un peu vite en besogne. Ce sera le rôle de l’Observatoire de réaliser des études quanti et quali sur cette question sensible qui doit être abordée sans a priori et sans hypothèse pré ou sur-déterminée. On voit en effet tout l’intérêt que peut avoir la FDJ ( sous couvert de lutte contre l’addiction) d’ imposer un taux bas pour éviter de phagocyter ses jeux en dur et surtout pour lutter contre les nouveaux entrants afin qu’ils ne puissent pas offrir des taux attractifs. Plus globalement on voit tout l’intérêt à terme pour l’ensemble des opérateurs d’avoir des taux de retour bas, intérêt qui s’oppose à celui des joueurs qui rêvent au contraire à des taux de redistribution généreux. Une des missions de l’Observatoire serait donc de travailler sérieusement et sans aucun tabou sur cette question complexe, notamment sur la question de la corrélation entre TRJ et excessivité.
· De la même manière on peut s’interroger sur le caractère plus ou moins pathogène des différents jeux de hasard. La doxa du jeu pathologie maladie a d’abord affirmé que c’était la roulette et les jeux de casino qui étaient le plus dangereux, instrumentalisant le mythe du joueur freudien et le symbole de l’enfer du jeu, le casino. Ensuite certains psychologues et psychiatres ont décrété que les machines à sous étaient particulièrement addictives à cause de leur coté… répétitif ! Rapido est assez rapidement devenu le nouveau démon pathogène de la doxa parce qu’il était…rapide (sic) et à tirages fréquents. La FDJ a accusé le coup pendant des mois mais a ensuite transformé ( la formule est testée depuis quelques mois) le Rapido en Amigo, grâce à la complicité active d’une partie de la doxa du jeu pathologie maladie, partie prenante dans ce « relookage sémantico marketing » au mépris de toute déontologie. Désormais Amigo ( véritable clone du Rapido en réalité) ne serait plus pathogène. Bien entendu pour les jeux d’argent en ligne, la doxa du jeu pathologie maladie ( curieusement nettement moins alarmiste sur le caractère addictif des jeux vidéos[18] a affirmé immédiatement qu’ils allaient être forcément pathogènes et particulièrement addictifs à cause de leur proximité domestique et leur disponibilité permanente. ( bref tout ce qui fait l’intérêt et la spécificité des jeux en ligne !) Mais comme au sein de la communauté scientifique il y a un certain nombre de personnalités ( et non des moindres) qui sont de plus en plus « sceptiques[19] » sur le concept d’addiction au jeu en ligne grâce à l’avancée des recherches sur « la dépendance[20] », la doxa continue régulièrement de pousser des « cris d’alarme[21] » en faveur de l’équation : jeu en ligne = drogue.
· Tant que la critique des jeux d’argent et la volonté de « soigner » et d’aider les joueurs problématiques s’est cantonnée au travail d’une association parisienne et à un centre de soins historique de la capitale spécialisé dans la toxicomanie, cet activisme relayé par les médias à coup de titres racoleurs et de statistiques improbables ( « les drogués du jeu », « le jeu est une pathologie », « les joueurs compulsifs »…) fut sans doute nécessaire. Il servit de tambour, d’alerte à un Etat Croupier exploitant lui même sans vergogne – Française des jeux en tête - la poule aux œufs d’or, sans trop se soucier des conséquences sociales et en termes de santé publique de cette exploitation. Mais désormais les choses ont bien changé. C’est à une scandaleuse instrumentalisation du jeu excessif à laquelle nous assistons. Comme nous avons pu dire que les jeux d’argent étaient une affaire trop sérieuse pour qu’ils soient laissés uniquement dans les mains des opérateurs, on peut dire de la même manière que le jeu excessif est une question trop importante pour qu’il soit laissé uniquement dans les mains des psychologues et des psychiatres.
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· Pour éviter que ces questions cruciales ne soient instrumentalisées comme elles le sont actuellement (par les opérateurs , Française des jeux en tête et par la doxa du jeu pathologie maladie ) et comme elles vont l’être avec une plus grande acuité quand les « études » en cours dont nous avons parlées seront publiées, il faut de la mesure, de la recherche de l’expertise, de la réflexion pluridisciplinaire scientifique indépendante. Ce sera la mission fondamentale de l’observatoire. Comme le précisait Jean-François Vilotte ( avant que le sénateur Trucy ne soit réinstallé ) « il faut, pour évaluer correctement le marché des jeux d’argent, notamment au regard des enjeux d’ordre public et social, avoir une vision complète en intégrant les jeux restés sous monopole. Tel est l’objet du Comite Consultatif des jeux. Il est urgent qu’il soit installé[22](22) » De notre point de vue il est tout aussi urgent que l’Observatoire des jeux le soit. Il permettra de définir les indicateurs objectifs qui reflètent la réalité des pratiques ludiques de nos contemporains, la typologie des joueurs ( en ligne et en dur), la diversité de leur comportement, les logiques ludiques des différents jeux, la problématisation de l’excessivité dans le jeu qui n’est forcément pas synonyme de pathologie mais qui s’inscrit dans une biographie de joueur, les tranversalités ludiques etc… Le Comite Consultatif sera mieux à même d’émettre ses avis. L’autorité publique pourra le cas échéant modifier sa politique en connaissance de cause.
· Certes on peut s’interroger pour savoir si une Politique des Jeux nationale sera encore possible pour le gouvernement quand cette architecture sera complètement mise en place, nonobstant les contraintes d’harmonisation européennes. Certains s’interrogent pour savoir si ces organismes indépendants ( agences, commission, autorité de régulation, observatoire..) ne sont pas trop nombreux. Ce à quoi Alex Türk , président de la CNIL répond : « on dit qu’il y en a trop mais on n’arrête pas d’en créer de nouvelles : Hadopi, Arjel[23]« D’autres plus fondamentalement craignent que la prolifération d’autorités indépendantes « n’entrainent une dépossession du politique par lui-même » et « une vision parcellaire de l’action publique [24] » au détriment de l’intérêt général. Sur ce registre certains observateurs ont vu la nomination d’un commissaire du gouvernement à l’Arcep ( qui a ensuite été annulée) comme une reprise en main du politique sur l’instance de régulation des télécoms.
· En matière de jeux si ces craintes et interrogations existent aussi (et pourraient expliquer pourquoi le CCJ et l’observatoire des jeux ont pris du retard), il nous apparaît qu’elles ne sont pas justifiées. En ce qui concerne l’Arjel, elle régule, applique une réglementation, ne définit pas une politique des jeux. Pour le (futur) Comité des jeux, comme l’a plusieurs fois rappelé le sénateur Trucy , il sera simplement « consultatif ». Quant à l’Observatoire des jeux il devra mesurer, expertiser , analyser, dans le cadre épistémologique de la neutralité scientifique. En final l’Etat ayant une appréhension globale de l’intérêt général, pourra donc toujours dessiner les grandes orientations d’une Politique des jeux nationale qui - dans un cadre et un marché ludique Européen et mondial en évolution - trouve son équilibre, entre liberté, responsabilité...et fiscalité.
· Certes si le Parlement n’est plus « croupion » , l’Etat reste le principal « croupier » de l’industrie des jeux de hasard. Cette situation qui a des raisons historiques entraine un paradoxe - « le paradoxe de l’Etat Croupier » - qui rend difficile la mise en place d’une Politique des jeux responsable parfaitement cohérente. Croupier, l’Etat l’est triplement, par les activités et on pourrait dire l’activisme de la Française des jeux, par l’impôt et la fiscalité, parce que c’est lui qui édicte les règles du jeu. Consciente que cette triple casquette porteuse de conflits d’intérêts était désormais trop large à porter, les pouvoirs publics ont prévu – dans ce domaine comme dans d’autres – la mise en place d’une autorité de régulation ( qui fonctionne), d’un comité consultatif ( en construction). Il convient qu’ils parachèvent le travail en installant un Observatoire des jeux au dessus de tout soupçon qui possède des moyens propres au moins égal à celui de l’Observatoire des drogues. Ce serait un signal et une étape importante. L’étape suivante consisterait à mettre en place une Autorité unique du marché ludique ( un marché de plus complexe, de plus en plus mondialisé et en croissance constante) comme il en existe par exemple pour les marchés financiers (AMF). La classe politique aura ensuite matière à s’interroger sereinement pour savoir si l’Etat doit enfin se désengager de l’exploitation directe d’un des piliers important de l’industrie du vice, et donc abandonner sa fonction la plus contestée d’Etat Croupier, ou si elle doit au contraire précieusement la conserver.
· Sans avoir eu la prétention de nous mettre sur le même plan que le Sénateur Trucy, nous sommes à l’origine – avec Marc Valleur ( Directeur de Marmottan) et Christian Bucher ( Psychiatre) de l’initiative intellectuelle et scientifique ( antérieure aux deux rapports sénatoriaux) qui a abouti à l’inscription d’un Observatoire des jeux dans la loi sur le gambling virtuel votée en 2010. Deux tribunes dans le quotidien économique Les Echos (juin 2001, décembre 2003), plusieurs contributions dans la Revue Espaces[25] et des dizaines d’interventions médiatiques en témoignent. Au moment ou se prépare le colloque du 22 Mars à la Maison de la Chimie sous le haut patronage de François Baroin, au moment ou le sénateur Trucy s’apprête à réaliser un ultime ballet marathon d’auditions au Palais du Luxembourg du 29 mars au 1° avril , notre devoir était d’intervenir à nouveau fortement pour défendre cet instance pour laquelle nous nous sommes battus une bonne partie de notre vie et pour laquelle nous avons de grandes ambitions qui dépassent largement des intérêts strictement personnels.

Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (Lyon- France)

Mars 2011

@jean-pierre.martignoni@univ-lyon2.fr

(A) D’après France Soir du 28 janvier 2011 la Française des jeux aurait dans son bilan de l’année 2009 « raboté ici ou à les chiffres pour rester en dessous ( de la barre des dix milliards d’euros), de peur de choquer » l’opinion. La barre des 10 milliards de CA aurait donc été franchie en 2009 et non en 2010 comme l’ont affirmé les médias. Cette information qui n’engage que France-Soir n’a pas été confirmée par la FDJ…

[1] Christophe Palierse : « Le marché des paris sportifs en ligne connaît un trou d’air « ( Les Echos du 3 mars 2011)

[2] Alexandre Counis : « Jeux en ligne : Bruxelles prépare un Livre Vert très consensuel « ( les Echos, 13 janvier 2011)

[3] Versé par la Française des jeux au centre du jeu excessif dirigé par JL Vénisse pour la période 2007-2015 ( communiqué de presse de la FDJ, 12 avril 2010)

[4] Le CSA a réalisé un sondage « on line « sur « les internautes et les jeux d’argent « (CSA, communiqué de presse janvier 2010)

[5] Patrick Roger : « Le sénat veut règlementer les sondages politiques « ( Le Monde du 15 février 2011)

[6] Lire à ce sujet l’excellent entretien d’Alain Garrigou ( Professeur de sciences politiques à Paris Nanterre) réalisé par Thomas Wieder ( Les Echos du 15 février 2011) Il montre l’absence de rigiueur méthodologique des sondages notamment de ceux réalisés par téléphone ou on line, qui sont de plus en plus nombreux pour faire des économies. !

[7] Emeline Cazi : « Des règles strictes pour lutter contre les conflits d’interets : la commission Sauvé remet son rapport à Nicolas Sarkozy « ( Aujourd’hui en France, 26 janvier 2011)

[8] Valérie de Senneville : « Conflits d’interets : le temps de la tolérance zéro » ( Les Echos du 8 février 2011)

[9] Aurélie Filipetti et moi même conduisons une mission sur l’application de la loi dont les cponclusions devraient être rendues fin avril « ( IgamingFrance du 21 février 2011)

[10] Certains jeux et non des moindres ( machines à sous , vidéo poker, loteries, jeux de grattage…) sont soit purement interdits sur la toile ou ne sont pas ouverts à la concurrence

[11] Interview de JF Vilotte : « Le marché des jeux en ligne est devenu légal à 90% » (lepoint.fr du 9 décembre 2010)

[12] Interview de JF Vilotte : « Paris en ligne illégaux : un phénomène marginal »( Le Républicain Lorrain.fr du 28 janvier 2011)

[13] Interview de Stéphane Courbit : « La loi sur les jeux en ligne favorise la fraude » ( par M. Visseyrias, I. Letessier, lefigaro.fr du 28 novembre 2010)

[14] Christophe Palierse : « Pour le britannique Betfair, la France est le pire des marchés régulés » ( Les Echos du 8 février 2011)

[15] Christophe Palierse : « Le géant américain du poker Caesars mise sur Barrière « ( Les Echos du 10 février 2011)

[16] Christophe Palierse : ibid. ( Les Echos du 10 février 2011)

[17] Christophe Palierse , ibid., ( Les Echos du 8 février 2011)

[18] Tristan Vey : « L’addiction aux jeux vidéo reste complexe et marginale « (Le figaro.fr du 24 novembre 2010)

[19] Anne Jouan : « Addiction au jeu en ligne : les neuroscientifiques sceptiques « ( Le Figaro.fr du 6 juillet 2010)

[20] Franck Niedercorn et Catherine Ducruet : « Drogues et dépendance : de nouvelles pistes « ( Les Echos du 9 décembre 2010)

[21] Anne Jouan : « Paris et jeux en ligne : le cri d’alarme des psychiatres « ( Le Figaro.fr le 6 juillet 2010)

[22] Interview de JF Vilotte : « Paris en ligne illégaux : un phénomène marginal »( Le Républicain Lorrain.fr du 28 janvier 2011) Confer également le discours de JF Vilotte ou il précise à propos du Comite consultatif des jeux : « Cet organisme clé d’observation, d’analyse et de propositions sur la politique des jeux en France est primordial pour aborder les prochaines échéances et phases de développement de ce secteur de manière cohérente « (Cérémonies des vœux de l’Arjel, 21 janvier 2011, page 8)

[23] Interview d’Alex Türk par M. Bellan et N. Rauline ( Les Echos du 8 février 2011)

[24] Editorial de Jean Francis Pécresse : « Un problème d’autorités « ( Les Echos du 8 février 2011)

[25] " Prolifération des jeux d'argent, misère de la recherche " (Les Echos , « le point de vue de JP Martignoni», 25 Juin 2001,60) “Un observatoire pour une politique des jeux ” (Espaces tourisme & loisirs n°210, décembre 2003, 16-20)« La nécessité d’une réelle politique des jeux « (Les Echos du 26,27décembre 2003, p.10, “Idées” « le point de vue de « )

Rédigé par : martignoni | 15 mar 2011 14:17:33

on ne s'improvise pas professionnel dans le monde du jeu du jour au lendemain

Rédigé par : malex | 10 mar 2011 10:20:05

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